Fête de la musique au Palais Bakoko Wouri : « L’envers du micro » lève le voile sur la précarité des artistes
À la veille de la Fête de la musique, la cour du Palais Royal Bakoko Wouri a vibré au rythme d’une célébration unique ce vendredi 19 juin.

Loin des commémorations purement festives, l’événement a su lier l’art à la réflexion en ouvrant le débat sur la condition souvent précaire des artistes au Cameroun. Devant un public venu nombreux, entouré de Sa Majesté Jamil Songue Madiba, de la reine Batanga Michèle Gaëlle Mahouve, du roi Bakaka et des représentants de l’Institut Français du Cameroun antenne de Douala, cette soirée sur la cour royale a pleinement tenu ses promesses.
Le moment fort de la rencontre est sans conteste venu de la compagnie Empire Moov. Avec leur comédie musicale « L’envers du micro », les danseurs et comédiens ont livré une performance chorégraphique poignante, véritable miroir des coulisses de l’industrie. L’œuvre pose une question cruciale : que reste-t-il une fois les projecteurs éteints ? Si la technologie immortalise les œuvres et fait que la musique ne meurt jamais, le quotidien des créateurs, lui, est bien plus fragile. Comment vivent-ils après la gloire ? Quel statut ou quelle pension attend ces artistes, leurs épouses ou leurs enfants au crépuscule de leur vie ?

Cette problématique cruciale a nourri les échanges d’un panel de haut vol où se croisaient les regards et les expériences de Tony Nobody, Maître Olga Pokossy, Jules Nya et Guchi. Leurs interventions, lucides et sans concession, ont pas mal bousculé les idées reçues, mettant en lumière l’urgence de protéger ceux qui font vibrer le pays, avant que la musique ne reprenne ses droits grâce aux prestations de talents de la scène locale, à l’instar de Mounpoubeyi.
Derrière la fête, le choix du lieu porte un message politique et social fort. Accueillir un tel événement au cœur du Palais Royal Bakoko Wouri participe d’une volonté manifeste de désacraliser la chefferie. Longtemps perçus par les jeunes générations comme des espaces mystiques ou effrayants, nourris par les récits de sorcellerie du village, les lieux de pouvoir traditionnel s’ouvrent aujourd’hui à la modernité. Pour Madame Madiba songue ,promotrice iyanka et du spectacle , l’enjeu est désormais de reconnecter cette jeunesse urbaine avec ses racines, de briser les barrières de la peur et de transformer la chefferie en un incubateur de talents et d’initiatives communautaires.
Cette vision d’une tradition dynamique a d’ailleurs fortement marqué le Directeur technique de l’IFC de Douala. Captivé par l’intérêt manifeste du public et la richesse des propositions artistiques même dans leurs subtilités les plus intimistes , il a salué l’esthétique unique du site. Des fresques colorées qui habillent les murs et les arbres aux détails d’une économie locale intégrée, symbolisée par les bassins de pisciculture et les animaux d’ornement comme cet aigle majestueux qui veille sur la cour, tout ici respire la créativité. En associant ainsi mémoire, art urbain et esprit d’entreprise, le Palais Bakoko Wouri s’impose comme une chefferie exemplaire, résolument tournée vers l’avenir.
