La salle des fêtes Le Pouc’key de Douala a servi de cadre, ce mercredi 22 avril 2026, au lancement du deuxième colloque et session de perfectionnement en foncier. Placé sous le haut patronage du ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières, Henri Eyebe Ayissi, et sous la coordination du promoteur et président national de l’ASFOCAM Etienne Gabriel Ngoa
,cet événement s’articule autour du thème : « Légitimité, compétences et pouvoir : le trio explosif de la gouvernance foncière ».

Organisé par l’Association Foncière du Cameroun (ASFOCAM) en présence de la représentante du préfet du Wouri et d’une forte délégation de chefs traditionnels et de nombreux participants, ce colloque se fixe l’objectif ambitieux de faire du foncier un domaine « pour tous, par tous et dans l’intérêt de tous ». Les travaux visent à clarifier les logiques administratives, coutumières, économiques et sociales, afin de réduire les conflits fonciers qui fragilisent le climat social dans une région du Littoral particulièrement sous tension.

Pour Etienne Gabriel Ngoa, promoteur et président national de l’ASFOCAM, le constat est sans appel : le malaise foncier au Cameroun dépasse le cadre des textes législatifs. Il pointe du doigt l’absence d’une véritable politique foncière nationale intégrée. Selon lui, « la terre est aujourd’hui perçue comme un simple bien marchand, tombant dans un éconocentrisme foncier dangereux, plutôt que d’être appréhendée comme un patrimoine ». L’expert dénonce une gestion parcellaire, marquée par des « chevauchements normatifs » entre les différents ministères concernés notamment les mines, les forêts et les domaines et une centralisation administrative qu’il juge totalement obsolète. Il plaide ainsi pour une réarticulation du triptyque « légitimité, compétence et pouvoir » et insiste sur l’impératif de la subsidiarité : « Il me semble vrai que le chef de village maîtrise mieux ses terres qu’un sous-préfet assis dans un bureau ».

Au cœur des débats, les témoignages des autorités coutumières ont mis en lumière la réalité vécue sur le terrain, où le foncier devient trop souvent un outil de dépossession. Sa Majesté André Eto’o, chef du village Nkolbong PK 21, a dénoncé avec force les spoliations orchestrées par des « soi-disant financiers » utilisant des méthodes opaques, notamment l’usage de drones pour la délimitation frauduleuse de terres. « Un matin, des inconnus débarquent avec des titres fonciers pour nous demander de vider les lieux », s’indigne le chef traditionnel. Pour éviter que le ministère ne soit systématiquement « induit en erreur » par certains collaborateurs véreux, Sa Majesté Eto’o exhorte les autorités à instaurer un dialogue systématique avec les chefs de village avant toute signature de titre foncier. Il appelle à multiplier ces sessions de sensibilisation et invite les professionnels des médias à aller à la rencontre des réalités rurales pour mieux documenter les enjeux fonciers.
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L’ASFOCAM entend ainsi formuler des recommandations pour substituer la conciliation à la conflictualité actuelle. Face à la saturation des tribunaux administratifs par les litiges fonciers, ces travaux, qui se poursuivront jusqu’au 25 avril, visent à poser les jalons d’une réforme structurelle indispensable au développement harmonieux du Cameroun.
