Il y avait, ce samedi 21 mars 2026 à Douala, bien plus qu’une simple projection de film à l’Hôtel Platinum Cocotiers de Bonanjo. Dans la salle, un silence dense, presque palpable, traduisait l’attention d’un public venu découvrir une histoire hors du commun, celle d’Uriel Tsobgny, 14 ans, jeune artiste autiste dont les pinceaux disent ce que les mots peinent parfois à exprimer.

Intitulé « Uriel, l’adolescent neurodivergent qui dompte les pinceaux », le documentaire réalisé par Etienne Talla et produit par ALIX NDJOCK en collaboration avec TALLART GROUP SARL, s’impose comme une œuvre à la fois intime, pédagogique et profondément engagée. À travers un récit sobre et maîtrisé, le film retrace le parcours d’un adolescent dont le rapport au monde se construit autrement, mais avec une intensité rare.
Dès les premières images, le ton est donné, celui d’un regard débarrassé de tout misérabilisme. Ici, l’autisme n’est pas présenté comme une fatalité, mais comme une singularité. Une autre manière d’être, de ressentir, de créer. Le spectateur découvre ainsi l’évolution artistique d’Uriel, depuis ses premiers traits jusqu’à l’affirmation d’un univers pictural personnel, marqué par une sensibilité saisissante.

Mais la force du documentaire réside aussi dans ce qu’il provoque au-delà de l’écran. La projection s’est prolongée par un échange riche et sans détour entre les intervenants et le public. Des voix plurielles, complémentaires, qui ont permis d’aborder l’autisme sous ses dimensions sociale, éducative et humaine.
Les discussions ont mis en évidence un enjeu majeur, celui du regard que la société porte sur les personnes neurodivergentes. Entre incompréhension, stigmatisation et manque d’accompagnement adapté, les défis restent nombreux. Pourtant, à travers l’exemple d’Uriel, une autre réalité émerge; celle du potentiel, de la créativité et de la richesse que ces profils peuvent apporter lorsqu’ils sont compris et valorisés.

Pour Etienne Talla, l’art constitue un levier essentiel dans ce processus. « En dessinant ou en pratiquant, ils se guérissent, se retrouvent avec eux-mêmes… L’art a un pouvoir d’apaisement », a-t-il expliqué, insistant sur la dimension thérapeutique et introspective de la création artistique.
Au fil des échanges, on a compris que l’inclusion ne peut être un slogan. Elle suppose des actions concrètes, des politiques adaptées, mais aussi, et surtout, un changement profond des mentalités. Et c’est précisément là que ce documentaire trouve toute sa pertinence.

Portée par une organisation rigoureuse, sous la supervision de Louise Abomba, cette initiative culturelle et sociale aura réussi son pari qui était de sensibiliser sans moraliser, émouvoir sans exagérer, informer sans ennuyer.
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À Douala, cette soirée du 21 mars n’a pas seulement mis en lumière le talent d’un adolescent. Elle a ouvert un espace de dialogue nécessaire, où l’art devient passerelle, et où la différence cesse d’être un obstacle pour devenir une richesse à comprendre.
Un moment rare, utile, et surtout profondément humain.
