Peut-on vraiment piloter une organisation à distance quand l’électricité coupe une fois sur deux et que la connexion internet tient parfois du miracle ? C’est un peu la question que pose, sans la formuler aussi crûment, le Dr Alvine Djengue ETAME dans une étude qui vient de paraître dans la Revue Camerounaise des Sciences Sociales, collection Nova & Vetera, dirigée par le Pr Moussa II et publiée aux Éditions la Semence. Le thème retenu ne laisse pas de place au doute sur l’ambition du travail : « Le déploiement des organisations virtuelles dans un environnement complexe : contribution essentielle des TIC à la coordination et à la performance organisationnelle ».
On le sait, la mondialisation et la digitalisation ont bousculé la manière dont les institutions travaillent. Beaucoup d’entre elles, poussées par un environnement économique de plus en plus instable, ont dû apprendre à fonctionner autrement, à distance, avec des équipes dispersées et des outils numériques comme seul fil conducteur. Pour l’auteure, ce basculement vers le virtuel n’a rien d’un effet de mode : il répond à un vrai besoin de flexibilité et de réactivité, dans des contextes où l’incertitude est devenue la norme plutôt que l’exception.

Plutôt que de rester dans la théorie, l’étude est allée voir sur le terrain ce que cela donne concrètement, en s’appuyant sur deux cas bien connus au Cameroun : l’Académie Internet de l’Université de Douala, du côté de l’e-learning, et UBA, du côté de l’e-banking. Soixante personnes ont accepté de témoigner : des apprenants, des enseignants, des responsables de formation, mais aussi des employés de banque confrontés au quotidien à ces outils numériques. Entre questionnaires en ligne et entretiens plus approfondis, la démarche a permis de croiser les regards, celui des usagers et celui des institutions.
Et les résultats sont plutôt encourageants sur un point : les TIC facilitent réellement la coordination. Elles permettent aux équipes de communiquer malgré la distance, de partager l’information presque instantanément, de collaborer et de synchroniser leurs activités, que l’on soit dans un cours en ligne ou face à un client dans une agence bancaire connectée.
Mais l’étude ne s’arrête pas à ce constat positif, et c’est peut-être là que réside tout son intérêt. Car cette belle mécanique se grippe dès que l’environnement technologique flanche. Les coupures d’électricité, les réseaux qui lâchent au mauvais moment, les plateformes difficiles d’accès : autant de réalités du quotidien qui viennent freiner, voire paralyser, ce que les TIC promettaient de fluidifier. Résultat, la performance espérée n’est jamais garantie, elle dépend étroitement de la stabilité de tout ce qui se passe en coulisses.
Face à ce constat, le Dr Alvine Djengue ETAME ne se contente pas de pointer le problème. Elle invite les organisations à mieux anticiper ces aléas techniques, à investir dans des infrastructures plus fiables, à renforcer les compétences numériques de leurs équipes, et surtout à construire des stratégies suffisamment souples pour encaisser les imprévus sans que tout s’effondre.
Au final, ce que cette recherche met en lumière, c’est qu’on ne peut pas se contenter d’installer des outils numériques et d’espérer que la performance suive automatiquement. Que ce soit dans l’enseignement ou dans la banque, les organisations virtuelles ont besoin d’un vrai socle, technique bien sûr, mais aussi humain, pour que la promesse du numérique se transforme réellement en résultats.
L’article du Dr Alvine Djengue ETAME est publié en pages 357 et suivantes de la Revue Camerounaise des Sciences Sociales (RCSS), Nova & Vetera, n° de série XIV, deuxième trimestre 2026 (ISBN 978-9956-17-504-3).
