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PORTRAIT. Manu Dibango, le saxophoniste précurseur de la sono mondiale, est décédé du coronavirus (Ouest-France)

Manu Dibango lors de la 20e édition des Escales de Saint-Nazaire, en 2017. | MARC ROGER/OUEST-FRANCE

Le musicien camerounais Manu Dibango est décédé ce mardi 24 mars 2020 des suites du coronavirus à 86 ans. Légende de la musique africaine, il avait connu un succès mondial avec « Soul Makossa ». Avec son saxophone, il a fait groover, sur des musiques africaines, la planète tout entière.

« Ma ma se, ma ma coo sa ». Cet air, on l’entend dans Wanna Be Starting Something de Michael Jackson sur son multiplatiné Thriller. Plus tard, Rihanna l’a utilisé dans Don’t Stop the Music. Mais à l’origine de ces deux chansons, il y a Manu Dibango, décédé ce mardi 24 mars, à l’âge de 86 ans, des suites du coronavirus.

Michael Jackson, grand Manu et Rihanna (Photomontage) Illustration

En 1972, le musicien camerounais est sollicité par le ministre des Sports de son pays pour écrire un hymne pour l’équipe nationale de football. Il lui faut une face B, ce sera Soul Makossa.

Le morceau ouvre à son auteur les portes de l’Amérique avec son refrain Mamako Mamassa, pillé plus tard par Jackson. En 2009, les deux parties trouveront un arrangement financier.

« Il voyait ça de deux manières : l’une très positive, il découvrait que des musiciens qu’il appréciait savaient qu’il existait ; l’autre avec l’amertume de la spoliation qui le renvoyait au fait d’être un Africain contre Hollywood », raconte le journaliste Yves Bigot, aujourd’hui à TV5 Monde, qui l’a bien connu. « Il disait que j’étais son petit frère. Alors, je le vois comme un grand frère… »

Arrivé en France à 16 ans

« Je fais de la musique parce que je suis musicien. Pas parce que je suis africain », disait Manu Dibango. Né en 1933 à Douala (Cameroun), fils d’un fonctionnaire et d’une couturière, il baigne dans deux cultures : celle de la musique sacrée qu’il entend au Temple protestant, et celle de musique traditionnelle africaine.

Manu Dibango débarque en France, à Marseille, en 1949 pour ses études. Il a 16 ans. Direction la Sarthe et Saint-Calais, (il y fondera en 1997 Soirs au village, un festival de musique qui durera dix-huit ans).

Il y passe son adolescence dans une famille d’accueil, découvre la vie française et la musique. « J’ai commencé par le piano puis une clarinette prêtée par un gars de Bessé-sur-Braye (Sarthe)», racontait-il à Ouest-France en 2013. Le jazz, il s’y frotte plus tard à Saint-Hilaire-du-Harcouët dans la Manche, lors d’un camp de vacances pour les enfants camerounais résidant en France.

Il y rencontre Francis Bebey, qui sera comme lui à l’origine d’un nouvel essor de la musique africaine. Pour l’instant, les deux hommes forment un groupe de jazz, Dibango se met au saxophone, et commence à jouer à Saint-Germain-des-Prés, au grand dam de son père qui lui coupera les vivres.

Entre la France et la Belgique, Dibango débute une carrière de musicien, écume les clubs, joue même avec Gilbert Bécaud. Après un retour en Afrique, au Zaïre puis au Cameroun, Manu Dibango revient en France en 1964. Il se passionne pour la soul, accompagne Dick Rivers et Nino Ferrer (à l’orgue) mais aussi Michel Fugain, Mike Brandt et Gérard Manset.

Il joue avant le combat de boxe du siècle

Son premier album Saxy Party est publié en 1969. Mais c’est Soul Makossa qui le propulse au sommet… et aux États-Unis, où Ahmet Ertegün, le puissant boss d’Atlantic (Ray Charles, Led Zeppelin…), le recrute.

Ses tournées sont un succès. En 1974, il joue en compagnie de James Brown et BB King avant le match de boxe du siècle, entre Mohamed Ali et George Foreman, à Kinshasa, au Zaïre.

Lunettes noires, chemise large, saxophone en bandoulière et sourire gourmand… Dans les années 1970, Manu Dibango devient l’ambassadeur de la musique africaine et pose les bases de ce que l’on appellera, lors de la décennie suivante, peut-être un peu vite la world music. « C’est réducteur. Manu était un géant de la musique du XXe siècle. Il a eu une influence sur la musique noire américaine. Les Américains voient d’ailleurs en lui un pionnier du funk africain », explique Yves Bigot.

Reggae, hip-hop, acid jazz… À l’aise dans tous les styles

De retour à Paris en 1981, après avoir dirigé entre autres l’orchestre national de Côte d’Ivoire du temps d’Houphouët-Boigny et avoir enregistré avec des musiciens jamaïcains dans les studios de Bob Marley, il s’intéresse au hip-hop, lui qui sera samplé par de nombreux rappeurs, comme Afrika Bambaataa. « Il est devenu aussi une référence pour toute la scène acid-jazz britannique aux débuts des années 1990 avec le morceau Big Blow », souligne Yves Bigot.

Instigateur en 1985 de Tam-tam pour l’Éthiopie, en écho au Band Aid anglais, Manu Dibango multiplie les collaborations sous tous les horizons : Jacques Higelin, CharlÉlie Couture, Herbie Hancock, Bill Laswell…

En 1986, il fonde la Soul Makossa Gang dont plusieurs musiciens joueront ensuite avec Paul Simon. Il devient aussi une figure familière à la télévision avec Salut Manu, sur France 3, une émission hebdomadaire où se croient chanteurs, musiciens et rappeurs.

« On voit de lui ce côté africain qui rigole tout le temps. Mais c’était quelqu’un de très profond et d’extrêmement intelligent. Très au fait aussi des enjeux géopolitiques en Afrique. Il avait vécu, dans les années 1960, les difficultés du panafricanisme, ce concept qui venait de l’étranger », rappelle Yves Bigot.

Wakafrica avec ses héritiers musicaux

Chevalier de la Légion d’honneur en 2010, Manu Dibango avait aussi été, en 2003, le premier musicien africain à recevoir le Grand prix de l’Académie Charles Cros pour l’ensemble de son œuvre. Avec sa femme Marie-Josée dit Coco, mannequin puis photographe, décédée en 1995, il avait eu deux fils et deux filles.

En 1993, à l’initiative d’Yves Bigot, alors producteur à Fnac Music, il enregistre Wakafrica où il reprend les plus grands tubes africains en compagnie d’une palanquée de musiciens africains (Youssou N’Dour, Papa Wemba, Salif Keita, Angélique Kidjo…) mais aussi de rock stars comme Peter Gabriel et Sinéad O’Connor. « Lui seul avait la légitimité de porter ce grand projet avec tous ces héritiers », insiste Yves Bigot.

La pochette de Wakafrica où Manu Dibango est l’Afrique. | DR

Le visuel de cet album, où la posture de Manu Dibango imite celle du continent africain, résume le personnage. Manu Dibango était un ambassadeur de la musique africaine et des métissages dans le monde entier. Un précurseur. Un géant de la musique.

Ouest-France

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